Open Payment : la fin des cartes de transport ?

5 minute read

Qui n’a jamais connu la frustration de faire la queue derrière 20 personnes pour prendre un ticket, ou celle de se demander quel ticket il faut prendre pour se rendre dans une sombre banlieue parisienne ou même simplement celle voir le tram arriver en sachant que l’on n’aura jamais le temps de prendre un ticket au distributeur… Et bien en théorie la solution à ce problème existe et s’appelle l’Open Payment.

queue au guichet

Comment ça marche ?

L’Open Payment c’est la promesse de vous faire voyager dans les transports en commun aussi facilement que vous payez votre baguette chez votre artisan boulanger bio… pour peu que vous ayez une carte de paiement NFC.

Dans les faits c’est légèrement plus compliqué… Mais le principe est le suivant :

  • vous présentez votre CB NFC à un valideur ;
  • ce valideur génère un token1 ;
  • puis il récupère les infos nécessaires pour le futur paiement et les chiffre pour les envoyer avec le token à un serveur d’acceptance2 ;
  • le tap3 est ensuite envoyé au serveur d’OpenPayment : il contient le token, la date/heure, et diverses informations liées à la ligne empruntée ;
  • les taps futurs ne déclencheront que la génération du token et l’envoie du tap au serveur d’Open Payment ;
  • en fin de journée tous les taps d’un token sont analysés pour reconstruire les trajets
  • le prix est calculé en fonction de ces derniers
  • une demande de compensation est envoyée au serveur d’acceptance pour paiement.

schéma voyage

Le paiement est donc un paiement de type NFC (avec les mêmes limites notamment celui du montant maximum) mais un peu spécial car déclenché alors que vous ne présentez pas votre carte au moment du paiement.

Ceci est possible car VISA et Mastercard ont édité des règles “EMV transit” afin que les banques puissent implémenter le traitement ces nouveaux flux dans leurs systèmes. A noter qu’actuellement (septembre 2017) le GIE CB est en train de travailler sur sa propre version qui devrait arriver d’ici fin d’année 2017.

Les avantages et les inconvénients

Les avantages

Pour les utilisateurs :

  • plus besoin de faire la queue au guichet ;
  • plus besoin de se prendre la tête avec les gammes tarifaires ;
  • c’est un moyen universel, vous avez en poche LA carte interopérable par excellence ;
  • plus besoin d’avoir de la monnaie pour acheter le titre dans le bus/métro/tram ;
  • vous êtes assurés d’avoir le meilleur prix en fonction de votre utilisation.

Mais les opérateurs de transport y gagnent également :

  • réduction de ce qu’on appelle la fraude contrainte (le fait de ne pas prendre de titre parce que trop de monde, parce que pas le temps…)
  • réduction des automates de ventes de titre : si le système prend de l’ampleur, il y aura moins de ventes de titres unitaires et donc la possibilité de réduire le nombre de ces automates et de fait les coûts liés à leur maintenance ;
  • la baisse de vente de titre à bord : ce qui a pour avantage de laisser les conducteurs se concentrer sur la conduite et de limiter les risques de fraude dite “interne” (détournement des stocks) ;
  • image innovante du réseau.

Les inconvénients

Parce que oui… malheureusement il y en a. Pour les voyageurs :

  • au final l’utilisateur ne sait pas trop ce qu’il va payer, il doit faire confiance à l’opérateur qui lui promet de lui facturer le juste prix ;
  • toutes les cartes ne sont pas (encore) compatibles : l’Open Payment nécessite que votre carte autorise “l’authentification offline” (ODA chez VISA et CAM chez MASTERCARD) et ce n’est pas une option à activer sur votre compte, mais bien une propriété de votre carte lorsqu’elle est émise. Cependant, de plus en plus de cartes devraient être émises avec cette propriété.
  • tout le monde n’a pas envie de sortir sa carte bancaire en public (cependant la dématérialisation de la carte, sur smartphone par exemple, peut pallier ce problème).

Pour les opérateurs de transport :

  • qui dit carte bancaire dit, entre autres, valideurs certifiés PCI. Comme ce n’est généralement pas le cas, il est nécessaire de les changer… ce qui représente un coût non négligeable;
  • comme les titres ne sont pas stockés sur la carte cela signifie que les valideurs doivent être connectés ainsi que les appareils de contrôle. Là encore cela nécessite potentiellement des changements d’infrastructure et des coûts en matériel.

A-t-on des chances de voir ce système arriver ?

Oui! Et c’est déjà en place à Londres d’ailleurs et le succès est au rendez-vous, à tel point que certains possesseurs de l’Oyster Card4 la délaissent au profit de ce système.

Et en France me direz-vous ? Et bien ça devrait arriver à plus ou moins court terme, mais différentes annonces ont déjà été faites :

  • En Ile de France : une première expérimentation devrait être faite en 2019 sur des navettes d’aéroport pour une généralisation en 2025 ;
  • à Bordeaux : prévu en 2017 dans la presse mais ce sera plus vraisemblablement en 2018 ;
  • à Dijon : prévu pour fin 2017 également mais là également plutôt en janvier 2018.

En conclusion

Cet article se veut une introduction à l’Open Payment, je ne suis donc pas rentré dans toutes les subtilités qui feront peut-être l’objet de futurs articles. On pourrait aborder notamment:

  • les échanges avec le serveur d’acceptance et son rôle dans l’Open Payment ;
  • la gestion des listes colorées (notamment la black liste pour interdire l’usage de cartes volées ou de celles dont le compte n’est pas solvable) ;
  • toutes les normes que doivent respecter les équipements ;
  • les possibilités de tarification intelligente dont le fee capping (ou comment s’assurer que l’utilisateur ne payera pas plus qu’un certain montant) ;
  • son utilisation en dehors du transport ;
  • comment sont sécurisés toutes les données et les échanges ;
  • les évolutions possibles ;

Mais n’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions, des remarques, je reste à votre disposition.

  1. identifiant unique et irréversible généré à partir de votre carte 

  2. Système servant à dialoguer avec les banques pour les demandes de paiement. 

  3. Le tap est l’ensemble des informations récupérées par un valideur lorsqu’on lui présente une carte. 

  4. L’Oyster Card est la carte de transport en commun de Londres. 


Written by

Lionel Lepoutre

I am sure I can help you. #ticketing #openpayment